Ce qui se passe quand tu cliques « Acheter ».
Derrière chaque transaction, il y a un carnet d'ordres, un écart bid/ask et des règles de priorité. Les comprendre, c'est éviter les frais invisibles — et les mauvaises surprises sur les titres peu liquides.
Bid / Ask — le prix n'existe pas, il y en a deux
À tout moment, un titre a deux prix : le bid (le plus haut prix qu'un acheteur est prêt à payer) et le ask (le plus bas prix qu'un vendeur accepte). Le « prix » affiché partout n'est que la dernière transaction conclue entre les deux.
L'écart entre les deux — le spread — est un coût réel et invisible : si tu achètes au ask puis revends immédiatement au bid, tu perds le spread, sans que le titre ait bougé.
- Titres très liquides (Apple, Royal Bank…) : spread d'un cent ou deux — négligeable.
- Titres peu liquides (small caps, certains titres TSX Venture) : spread de 1 à 5 % — un aller-retour peut coûter plus cher que des années de MER d'un ETF.
- Heures creuses (pré-marché, after-hours) : les spreads s'élargissent nettement, même sur les gros titres.
Réflexe : avant d'acheter un titre que tu ne connais pas, regarde le spread en pourcentage du prix. Au-dessus de ~1 %, chaque transaction te coûte déjà cher avant même que le titre bouge.
Le carnet d'ordres — la file d'attente du marché
Le carnet d'ordres (order book) est la liste, à chaque instant, de tous les ordres limit en attente : les achats classés du plus haut au plus bas, les ventes du plus bas au plus haut. La profondeur de marché, c'est la quantité disponible à chaque niveau de prix.
- Priorité prix, puis temps — le meilleur prix passe en premier ; à prix égal, le premier arrivé est le premier servi.
- Un gros ordre « mange » plusieurs niveaux — si tu achètes 5 000 actions d'un titre où il n'y en a que 500 au meilleur ask, ton ordre remonte le carnet et ton prix moyen se dégrade. C'est le slippage.
- La profondeur se lit — un carnet mince des deux côtés = titre où chaque ordre déplace le prix. Prudence sur la taille de tes ordres.
Market, limit, stop — choisir le bon outil
Les trois ordres de base, et ce qu'ils garantissent (ou pas) :
- Ordre au marché (market) — exécution immédiate, prix non garanti : tu prends ce que le carnet offre. Parfait sur les titres très liquides ; dangereux sur les titres minces où tu peux payer bien plus que le dernier prix affiché.
- Ordre à cours limité (limit) — prix garanti, exécution non garantie : tu fixes ton prix maximum d'achat (ou minimum de vente). L'ordre attend dans le carnet tant que personne ne l'atteint. Le choix par défaut raisonnable pour l'investisseur long terme.
- Ordre stop — un déclencheur : quand le prix touche ton seuil, un ordre (market ou limit) est envoyé. Utilisé pour limiter une perte ou protéger un gain. Attention au gap : si le titre ouvre 15 % sous ton stop, un stop-market vend 15 % plus bas, pas à ton seuil.
Erreur classique : un ordre market placé le soir pour l'ouverture du lendemain. À l'ouverture, les spreads sont larges et volatils — tu peux payer 2-3 % de plus que la clôture de la veille. Un limit règle le problème.
L'IPO — comment une entreprise entre en bourse
Une IPO (Initial Public Offering) est la première vente d'actions d'une entreprise au public. Le processus, simplifié :
- Les banques d'affaires (souscripteurs) évaluent l'entreprise, préparent le prospectus et sondent l'appétit des institutions.
- Le prix d'émission est fixé la veille — les institutions et clients privilégiés achètent à CE prix.
- Le premier jour de bourse, le titre ouvre là où l'offre rencontre la demande — souvent bien au-dessus du prix d'émission. L'investisseur individuel achète généralement ce prix d'ouverture, pas le prix d'émission.
- Le lock-up (90-180 jours) empêche initiés et premiers investisseurs de vendre — son expiration amène souvent une vague de ventes.
- Le « pop » du premier jour ne t'appartient pas — il va à ceux qui avaient le prix d'émission.
- Historiquement, acheter les IPO le premier jour a été en moyenne décevant sur 3-5 ans ; les exceptions spectaculaires font oublier la moyenne.
- Attendre quelques trimestres donne des états financiers publics, un historique de titre et l'expiration du lock-up — plus d'information, moins d'euphorie.
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